Le président américain Donald Trump lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le 20 février 2026 à Washington ( AFP / Mandel NGAN )
Donald Trump a annoncé vendredi avoir signé un décret imposant un nouveau droit de douane mondial de 10%, après s'être déchaîné contre les juges de la Cour suprême qui ont mis à bas sa politique tarifaire.
Le décret entrera en vigueur le 24 février, pour une durée de 150 jours, avec des exemptions pour certains secteurs, notamment l'industrie pharmaceutique, ainsi que pour les biens entrant aux Etats-Unis dans le cadre de l'accord Etats-Unis-Mexique-Canada, selon un communiqué de la Maison Blanche.
Ce nouveau taux s'applique également aux pays ou blocs ayant signé des accords commerciaux avec Washington, tels que l'Union européenne (UE), le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan, qui avaient par exemple accepté un taux de 15% maximum de surtaxe douanière.
Les 10% ne s'appliquent pas aux produits concernés par des droits de douane sectoriels, ni aux produits canadiens et mexicains importés aux Etats-Unis dans le cadre du traité nord-américain de libre-échange (ACEUM).
Parlant d'une "terrible décision" et disant sa "honte absolue", le président américain avait auparavant attaqué les juges qui se sont prononcés contre ses droits de douane, accusant la Cour d'avoir cédé face à des "influences étrangères" lors d'une conférence de presse impromptue à la Maison Blanche.
Les marchés financiers ont réagi favorablement, aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis, mais avec un enthousiasme mesuré. Les géants du commerce en ligne sont parmi les principaux bénéficiaires, à l'image d'Amazon et Shopify.
La Cour suprême des Etats-Unis à Washington, le 20 février 2026 ( AFP / Drew ANGERER )
Les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis ont accueilli avec intérêt mais prudence la nouvelle.
Selon la décision rendue par une majorité de six juges sur neuf, Donald Trump ne peut pas justifier ces droits de douane par une nécessité d'urgence économique.
Un avis tranché d'autant plus remarquable que la Cour suprême est composée en majorité de juges conservateurs et qu'elle est plusieurs fois allée dans le sens de Donald Trump.
Le président américain Donald Trump montre un graphique sur les droits de douane réciproques, à la Maison Blanche, le 2 avril 2025 à Washington ( AFP / Brendan SMIALOWSKI )
Donald Trump avait imposé ces surtaxes douanières en s'appuyant sur un texte de 1977 autorisant théoriquement l'exécutif à agir dans le domaine économique sans aval préalable du Congrès dès lors qu'une "urgence économique" était identifiée.
Mais selon le président de la Cour suprême, John Roberts, le président doit "justifier d'une autorisation du Congrès claire" pour mettre en place des droits de douane.
- "Chaos" -
"C'est une victoire pour les consommateurs américains", s'est félicité le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer. Son homologue à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, a appelé Donald Trump à "s'abstenir de toute nouvelle action unilatérale sur les droits de douane".
Le président de la Chambre, le républicain Mike Johnson, le 3 février 2026 à Washington ( AFP / ROBERTO SCHMIDT )
Le président de la Chambre, le républicain Mike Johnson, a lui assuré que "le Congrès et le gouvernement allaient déterminer dans les prochaines semaines la meilleure marche à suivre".
Cette décision ouvre la voie à de possibles remboursements des surtaxes déjà payées par les entreprises.
Interrogé à ce sujet, Donald Trump a souligné que cette question n'avait "pas été abordée" par la Cour et estimé qu'elle occuperait les tribunaux pendant des années.
Les droits de douane collectés par les autorités américaines et visés par la décision de la Cour suprême ont dépassé 130 milliards de dollars en 2025, selon des analystes.
Un des juges dissidents, Brett Kavanaugh, a notamment justifié sa position par le fait que la décision "ne dit rien sur la manière dont le gouvernement devrait procéder pour rembourser les milliards collectés".
Cela va être le "chaos", a-t-il prévenu.
- Accords commerciaux -
Annoncés en avril, les droits de douane visaient les pays avec lesquels les Etats-Unis affichaient un déficit commercial dans les échanges de biens, le président américain les voyant comme un outil pour les rééquilibrer.
Le président américain Donald Trump montre un décret signé sur les droits de douane réciproques à la Maison Blanche, le 2 avril 2025 à Washington ( AFP / SAUL LOEB )
L'objectif de Donald Trump était aussi de fournir des ressources supplémentaires à l'Etat fédéral pour compenser des baisses d'impôts.
Il est cependant en partie revenu en arrière en ajoutant des exceptions pour un certain nombre de produits, en particulier ceux qui ne peuvent pas être fabriqués ou cultivés aux Etats-Unis.
Ces surtaxes avaient également servi de base de négociations pour la signature d'accords commerciaux avec les principaux partenaires des Etats-Unis.

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